Les avocats de la défense lancent la dernière phase cruciale du procès terroriste de novembre 2015

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Les avocats de la défense lancent la dernière phase cruciale du procès terroriste de novembre 2015

Après dix jours de rappels d’horreur déchirants de la part des équipes juridiques représentant les victimes, suivis des demandes de sanction de la semaine dernière par le parquet, le procès des attentats de Paris est passé lundi à un autre domaine émotionnel avec la première des déclarations finales de ceux défendre les 14 accusés.

Le changement d’atmosphère n’aurait pas pu être plus saisissant.

Depuis le début du mois de juin, nous entendons les histoires des survivants, racontées avec professionnalisme par leurs avocats. Nous avons été refroidis par la maîtrise de l’accusation, avec son insistance sans faille sur des faits légalement établis.

Cette fois c’est personnel.

Maître Judith Lévy est l’un des deux avocats de la défense d’Ali Oulkadi. Oulkadi risque vingt ans de prison pour avoir raccompagné Salah Abdeslam lors du retour du terroriste raté à Bruxelles au lendemain des attentats de Paris. Vendredi dernier, le parquet l’a condamné à cinq ans de prison.

Maître Lévy a expliqué qu’elle avait initialement refusé de prendre part à cette affaire. « Pas pour les victimes, pas pour la défense. La réponse a été ‘Non !’ »

Puis, tout à fait par hasard, elle s’est retrouvée assise dans une salle de réunion de la prison, « un placard avec un Velux », lorsque quatre surveillants ont amené un homme brisé, menotté et boitillant, tremblant comme un chien battu.

« Il s’est assis là et a pleuré, explique Judith Lévy, et en trois secondes j’ai su que j’allais prendre sa défense et aller jusqu’au bout.

« C’est la beauté et l’importance de notre métier.

« Ça a été un honneur de défendre Ali Oulkadi. »

Colère contre l’accusation

L’associée de Lévy, Maître Marie Dosé, a lancé le dernier acte de cette défense sur un ton retentissant avec une diatribe contre certains de ses collègues.

Elle a dit qu’elle avait peur. Mais elle avait l’air en colère.

« Les accusés sont des particuliers », a-t-elle rappelé au tribunal. « Combien de fois les a-t-on entendus réduits à un groupe anonyme par le parquet, par les avocats civils ?

« Ils sont devenus ‘les prisonniers’, ‘les terroristes’, ‘les hommes du box’. Quoi de plus déshumanisant ? »

Maître Dosé a cité Gérard Chemla, qui représente des dizaines de victimes, comme un excellent exemple de ceux qui priveraient son client de la possibilité de justice en le « mettant dans le même sac » que tous les autres.

« Notre tâche n’est pas facile. Et elle n’a pas été facilitée par certains de nos collègues. »

Puis elle tourna sa colère contre le parquet.

Un pacte avec le diable

« On nous a dit la semaine dernière par le procureur général qu’Ali Oulkadi avait « fait un pacte avec le diable » ! De quel livre du Code pénal cela vient-il ?

« Il était, nous a-t-on dit, sur la base de preuves douteuses issues d’une enquête belge mal menée, présent à chaque moment clé de la préparation des attentats. En fait, non ! Mais cela a coûté 31 mois à un homme bon en isolement cellulaire.

« C’est un homme bon. Personne dans cette salle ne peut le nier.

« Il est ridicule de l’accuser d’ »association avec des terroristes ». Oui, il admet avoir vu un changement chez son ami Brahim Abdeslam. Il l’a vu devenir plus sérieux au sujet de la religion. Mais, à aucun moment, il n’a soupçonné que son ami se dirigeait vers une action violente.

« Oulkadi était celui qui pouvait discuter avec Brahim, le faire tomber de ses grands chevaux quand il se dressait sur ses lauriers, dans la célèbre métaphore mixte de Rafik El Hassani, témoin à ce procès.

« Ali Oulkadi a envoyé un SMS à Brahim Abdeslam le 14 novembre 2015, demandant à son ami décédé de le contacter. ‘Êtes-vous là ? Est-ce que tout va bien ?’ a-t-il écrit. Il n’a tout simplement pas cru ce qui s’était passé. Ce n’était pas possible. Et vous appelez cela « l’implication dans une entreprise terroriste » !

« Ali Oulkadi n’était pas un radical. Il n’était engagé dans aucune cause. Il n’avait aucune intention de nuire. C’est un scandale d’avoir utilisé le « contexte » pour prouver sa culpabilité. bar a fait de vous un toxicomane. Les accusations portées contre lui sont ridicules ! »

Incohérence de l’accusation, incohérence

Puis ce fut au tour de Maître Lévy. Elle a commencé dans une clé émotionnelle plus basse, se demandant avec détachement professionnel pourquoi son client risquait 20 ans de prison pour avoir donné un lift alors qu’un autre, qui a caché Salah Abdeslam en fuite dans une cave pendant 48 heures, n’était même pas devant le tribunal.

Molenbeek. La banlieue bruxelloise décrite dans le témoignage d’un juge belge comme un « village ».

« Cent mille habitants, c’est un grand village, et tout le monde connaît tout le monde ? Non !

« Les Béguines, c’était un bar miteux où l’on pouvait acheter du hasch. La police belge en a fait un fan club de l’Etat islamique.

« Des vidéos de l’EI y ont été visionnées. Est-ce que cela fait d’Ali Oulkadi un djihadiste ? Passivité n’est pas synonyme d’acceptation.

« L’étirement des preuves par l’accusation est tout simplement incroyable. »

Maître Lévy a parlé du déséquilibre émotionnel créé dans ce procès par les six semaines de témoignages des blessés et des endeuillés, et du danger que cela représente pour son client.

« Ce procès n’a pas été organisé pour plaire aux victimes, aux rescapés, aux endeuillés.

« La question n’est pas de savoir quoi faire de la souffrance des plaignants civils », a-t-elle dit, « mais d’appliquer la loi ».

Le procès se poursuit.

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