Les diplomates français rompent le « lien du secret » lors d’une grève contre les réformes du ministère des Affaires étrangères

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Les diplomates français rompent le "lien du secret" lors d'une grève contre les réformes du ministère des Affaires étrangères

Les diplomates français se sont mis en grève jeudi pour souligner un « malaise » croissant au sein du service diplomatique qui prétend que les réformes gouvernementales et les suppressions d’emplois accentuent le déclin de l’influence de la France dans le monde.

Le mécontentement au sein des cercles diplomatiques français couvait depuis des mois, voire des années, mais a explosé après la publication d’une série de réformes institutionnelles dans le journal officiel du ministère des Affaires étrangères en avril.

Comme demandé par le président Emmanuel Macron, les réformes comprennent la création d’un nouveau corps de fonctionnaires et proposent que les hauts fonctionnaires ne soient plus rattachés à un service administratif spécifique au sein du ministère, mais soient au contraire remaniés régulièrement tout au long de leur carrière.

Pour les diplomates – dont quelque 700 seront directement impactés par la réforme – cela signifie la fusion et le « phasing out » progressif de deux piliers historiques de la diplomatie française : les ambassadeurs plénipotentiaires et les conseillers des affaires étrangères.

Beaucoup au sein du corps estiment que cela sonnerait « la fin de la diplomatie française professionnelle », qui dispose du troisième réseau diplomatique international derrière les États-Unis et la Chine.

Soutien de l’ambassade à la grève des diplomates

Six syndicats et un groupe de 500 jeunes diplomates ont appelé à une grève le 2 juin pour protester contre les réformes – un mouvement qui est rare au Quai d’Orsay, avec la première et la seule action de ce type prise en 2003.

Pendant ce temps, des dizaines de diplomates de haut rang ont annoncé leur soutien à la grève sur Twitter ces derniers jours sous le hashtag #diplo2metier.

« Je serai en grève le 2 juin pour protester contre la réforme du corps diplomatique et la réduction continue des moyens de notre diplomatie », a tweeté l’ambassadrice au Koweït, Claire Le Flécher.

Résumant l’état d’esprit, l’ambassadeur en Azerbaïdjan, Zacharie Gross, a écrit : « Les diplomates français sont dévoués corps et âme mais sont surmenés, sous-payés, sous-équipés ».


Les diplomates « marginalisés » par le gouvernement

De plus, ils estiment que les réformes conduiront à des « nominations préférentielles », à la « déconstruction des carrières » et à une « crise des vocations ».

Le groupe de 500 a également fait part de ses inquiétudes dans un article publié dans le quotidien français Le Monde de ce qu’ils ont appelé une « réduction vertigineuse des ressources ».

Cinquante pour cent des postes diplomatiques ont été supprimés au cours des 30 dernières années après des décennies de ce qu’ils perçoivent comme la « marginalisation du rôle du ministère au sein de l’État ».

Selon les chiffres officiels, le ministère des Affaires étrangères emploie environ 13 500 personnes.

La diplomatie est traditionnellement l’apanage du président, mais Macron a été virulent dans son opinion négative du service diplomatique, notamment en dénonçant de prétendues machinations « d’État profond » dans les couloirs du Quai d’Orsay en 2019.

​​​​Une diplomatie française forte nécessaire dans un monde en crise

Selon un ambassadeur, qui s’est exprimé sous le couvert de l’anonymat : « Les diplomates ont une mauvaise image, alors qu’en réalité ce sont des fonctionnaires très attachés au fonctionnement de la République française ».

Un service diplomatique solide est un mécanisme essentiel qui permet à la France de tenir son rang, ajoute l’ambassadeur : « Mais on se sent discrédité, on n’a pas les moyens nécessaires… et ça se sent : quelles sont les grandes réussites de la France diplomatie depuis la COP21 en 2015 ? Rien.

Entre-temps, la nouvelle ministre des Affaires étrangères, Catherine Colonna, aurait assuré qu’elle engagerait un « dialogue social de qualité » avec tous les syndicats représentant les diplomates.

L’action revendicative intervient cependant sur fond de succession de crises internationales : Covid-19, l’évacuation de Kaboul, la guerre en Ukraine, l’expulsion de diplomates français de Russie et l’effondrement des relations avec le Mali.

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